Tout au long des siècles, les cafés populaires en Egypte étaient et continuent à être un refuge pour les Egyptiens en général et les hommes en particulier.
Une chose est certaine, le café a toujours été et est encore, en Egypte et au Caire en particulier, un lieu privilégié de la vie sociale de la bonne compagnie et de l'échange de services. Il n'est pas rare d'y commencer et d'y finir sa journée, de s'y donner rendez-vous et comme l'affirme l'écrivain Gamal Al-Ghitani; "Aussi longtemps qu'un Cairote dans notre café, on pourra encore parler des 'cafés du Caire' et de ce qu'ils représentent d'essentiel dans la vie des Egyptiens de la grande cité…
Si Le Caire comptait déjà quelque deux mille cafés au XIXème siècle, on a du mal à en connaître le nombre exact aujourd'hui, entre 5 et 30.000 selon les sources. Dès son apparition au début du XIVème siècle le café s'impose rapidement en Egypte, malgré les réticences de certaines autorités religieuses et dès 1650, on recense –(à rétablissements au Caire, le double en 1750.
Au centre de la vie sociale, les cafés jouent également à cette époque, et jusqu'au début du XXème siècle, le rôle de théâtres.
Nombre d'entre eux sont alors connus pour les récits populaires qu'on peut y écouter. Mais avec l'apparition de la radio en 1932, la corporation des conteurs-poètes a disparu.
Les premiers cafés du Caire sont des locaux souvent exigus, où les clients s'installent sur des bancs à cinq ou six.
On se voit au café le plus proche de chez soi et le lieu favorise les relations de voisinage. Avec l'apparition des cafés européens dans les années 30, les bancs sont vite remplacés par des chaises et des petites tables.
Bon nombre de cafés ont pris un caractère emblématique et historique, ils sont liés en quelque sorte à l'histoire du Caire. Certains sont même le lieu du rassemblement de l'intelligentsia égyptienne. C'est le cas notamment du café riche au Centre-ville. Sis au 29 rue Talaat Harb, sa devanture en boiserie et ses vitraux quasi-fumés lui accordent un trait européen. Dès que l'on s'en approche, on sent une grande différence. Loin de ce détail, le lieu est chargé d'histoires. De génération en génération, il reste un abri des soubresauts de la politique, réunissant les intellectuels et les nostalgiques d'une époque révolue. Il ne propose pas de chicha, mais c'est le principal café des intellectuels. Créé en 1908, il est fréquenté par les écrivains, journalistes et intellectuels qui y prennent leur café tout en discutant de politique.
La meilleure façon de bien s'imprégner de l'ambiance égyptienne, est de s'asseoir à un des cafés de la capitale, mais pas n'importe lequel. Le célèbre café Fishawi est le plus vieux café du Caire. C'est un lieu incontournable pour découvrir une habitude bien ancrée dans la culture égyptienne, celle de fumer la chicha (pipe à eau). Il est situé dans le Souk Khan Al-Khalil un dédale de ruelles où se croisent de nombreux autres cafés. S'assoir à la terrasse d'un café pour boire un thé ou fumer une Chicha, est une étape obligée pour prétendre connaître l'Egypte. Le mieux est d'y passer plusieurs heures en terrasse à regarder la vie s'écouler …
Les Egyptiens aiment s'installer dans un des nombreux cafés du Caire pour fumer la pipe à l'eau, seuls ou en compagnie d'amis. C'est surtout vrai dans les quartiers populaires.
Al-Hussein en est l'un des plus connus. Situé dans la vieille ville, avec ses mosquées historiques et ses souks grouillant de vie, il abrite de nombreux cafés. Le plus ancien et l'un des plus connus est le "Fichaoui". Depuis son ouverture, en 1797, il attire les écrivains, poètes, artistes et intellectuels.
Aujourd'hui, il est fréquenté par des hommes politiques, des artistes, cinéastes, comédiens, musiciens, et d'autres qui viennent y déguster surtout du thé vert. Grâce à son passé prestigieux, il est devenu une attraction touristique, ce qui n'empêche pas, selon l'un des serveurs, qu'on s'y targue de "demander le même prix à tout le monde, Egyptien, voyageur arabe ou touriste étranger".
Près de là se trouve le café "Loulou", fameux pour son sahlab (boisson à base d'orchidées) aux fruits secs, son tamarin et son karkadé. Ses prix sont affichés sur une ardoise en arabe et à côté en anglais, avec la mention "tarifs touristes". La boisson la moins chère est le thé, dont un verre revient à neuf livres. Un prix justifié, paraît-il, par l'emplacement dans une zone touristique.
Quant au café "Al-Zahra", il est le deuxième plus vieux après le "Fichaoui". Il a la particularité d'inviter des musiciens qui jouent du répertoire classique arabe. On y trouve un grand choix de tabacs pour chicha, parfumé à la pomme, à la cerise, au raisin… Il en va de même au café "Wali Al-Ni'm", toujours dans le même quartier d'Al-Hussein.
Quittons ce quartier pour aller au centre-ville. Le café le plus connu y est probablement le "Oum Kalthoum", dans la rue Orabi. Les adeptes de la plus grande chanteuse égyptienne de l'histoire y trouveront leur bonheur, puisque du matin au soir, les haut-parleurs y diffusent la voix de "La Dame". Des panneaux retracent sa vie et des photos la représentent, avec son fameux mouchoir à la main.
Mais aujourd'hui, il y a une série de nouveaux cafés, surtout les branches des grands cafés internationaux qui ne présentent pas de narguilé, juste du café, du bon, en plus de quelques desserts plus succulents. Ce type de cafés reste pour la plupart des jeunes un lieu de rassemblement afin de discuter et papoter. Des cafés à l'américaine avec d'énormes sofas ainsi qu'une ambiance très relaxée qui ne connaissent pas de véritables concurrences. Leur seul et unique inconvénient: les prix exorbitants des commandes qui peuvent dépasser 100 LE par personne.
Au fil des années, la conception du café a changé. Auparavant, c'était les hommes seulement qui allaient au café au moment où les femmes au foyer cuisinaient ou s'occupaient des enfants. Mais à la fin de 2015, ce n'est plus le cas. Ce sont les coffee-shops qui prennent le relais des cafés populaires. Et il est devenu normal de voir des femmes et filles dans ces coffee-shops fumant la chicha. C'est devenu normal d'y donner rendez-vous aux amis et aux collègues.
Au lieu de jouer au tric-trac, aux dominos, aux dames, aux dés ou bien aux cartes comme dans le passé, ces jeux sont remplacés par de grands écrans de TV de la longueur du mur diffusant des chansons tout le temps ou des matches de football selon le cas.
Que ce soit dans le passé ou aujourd'hui, le café demeure toujours un lieu préféré pour beaucoup d'Egyptiens.